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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 23:42

Quelle est la mesure de ce silence?  Quelle est l'incroyable mesure de cet incomensurable silence? Peut-on seulement essayer de définir l'espace que doit prendre raisonnablement un silence? Oui, bien sûr, on pourrait tenter de quantifier, de démystifier, d'analyser et enfin de se faire une idée précise de ce qu'on attend d'un petit silence réglementaire.  Mais qu'en est-il pour le vide de son, le réel néant? Comment seulement tenter de décrire ce manque d'ondes sonores si insignofiant mais pourtant si opressant, si dévorant?
Pourtant c'est simple, c'est comme si on s'apprêtait à sauter dans le vide, au moment où, le corps ayant atteint un basculement de plus de 20° se sent tomber. C'est exactement la même chose que le bond dans l'infini que l'on fait le soir avant de s'endormir et qui nous fait nous sentir si vivant. Mais c'est au final dans le sillence il y a une nuance imperceptible qui rend notre sujet tellement différent, ce silence fait se sentir mort. Mort de tout. Mort de trouille. 




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On pourrait voir l'éclaboussure de sang sur le mur. Oui, mais il l'avait effacée, il l'avait tellement frottée que la toile de verre grisâtre se décollait par endroit. Pourtant il restait là, enfermé dans son mutisme, à regarder l'endroit même ou avait giclé le fluide vital de celui qu'il pensait aimer, et qu'il avait passé si longtemps à récurer, comme pour se prouver que cela n'avait pas pu se produire. Oh bien sûr, c'eut été mentir que de nier, si on lui avait demandé. Mais pour le moment il n'était pas question que l'on puisse en arriver à penser que l'Autre avait disparu. Non, il s'arrangerait pour tout arranger, ses amis l'aideraient, son avocate le couvrirait, et il se débrouillerait pour faire disparaître à tout jamais le corps qui gisait devant lui, et que la chaleur avait quitté depuis maintenant des heures. 
La vision ne lui semblait plus si horrible maintenant à vrai dire, le torse nu se marbrait de bandes blanches, le sang qui s'était accroché aux tissus morts commençait à stagner dans les parties les plus basses du corps. Les jambes élancées du macchabées semblaient un peu serrées dans le jean mauve, musclées mais fines, longues et belles, reposant l'une sur l'autre comme si leur propriétaire s'était accordé un instant de répit sur une lointaine pelouse. Bon, il ne s'attardait pas à regarder plus haut que le sternum, là ou il avait arraché si fort la gorge de son amant qu'il ne restait qu'un trou béant, brunâtre, au dessous d'une bouche charnue ou avaient coagulées là encore quelque gouttes de sang, comme de la pulpe juteuse sortie d'un fruit trop mur. 
Il déciderait plus tard de comment se débarasser à jamais de ces images, pour le moment il devait réfléchir vite. Il était prostré là depuis des heures, la fenêtre ouverte sur l'extérieur et sur le sombre mois de Novembre avait rendu l'intérieur de l'appartement aussi glacial qu'une chambre mortuaire. Le corps n'était pas une priorité, il pourrait rester là encore quelques jours, si la température se maintenait, avant que l'odeur ne devinsse putride. Réfléchis. Le plus important était fait, les traces étaient presques toutes parties. Il devrait sûrement se justifier auprès de l'employée du pressing, mais sa belle chemise, même tachée de brun, il ne pouvait se résoudre à la détruire purement et simplement. Il sentait encore l'odeur de l'Autre dessus, malgré les nombreuses semaines qui s'étaient écoulées depuis que ce dernier ne l'avait plus portée. Et maintenant elle s'ornait d'un tabard pourpre plutôt évocateur. 
Il prit le soin de se relever doucement, ses bras étaient ankylosés d'avoir tant frotté, ses jambes, restées croisées trop longtemps sous lui, ne le porteraient certainement pas assez loin. Prenant des poses héritées d'un lointain entrainement de Yoga, Jeff parvint enfin à se remettre debout. Et maintenant? Et maintenant, il fallait se débarbouiller. Il fallait effacer tout ce sang qui ornait son visage comme un masque tribal, couvrant totalement son menton, s'écartant autour de sa bouche, parsemant de dizaines de gouttelettes ses yeux et son front et rigidifiant des mèches de ses cheveux blonds. Il s'introduisit tout habillé sous la douche et tourna le vieux robinet, l'eau, d'Argent, se mit soudaiment a couler, d'abord gelée puis de plus en plus chaude, jusqu'à devenir si brûlante qu'il ne pouvait qu'à peine la supporter. Ses vêtements lui collaient à la peau, la chemise de marque soulignait sa musculature discète mais néanmoins puissante, son pantalon moulait son sexe. Il s'assit dans la baignoire et se déshabilla avec énormément de précautions. Dénué de ses autours, l'eau lui paraissait encore plus intrusive, encore plus chaude. Celà doit ressembler à ça, les flammes de l'Enfer, se dit-il pensivement.
"Je l'aimais putain, je l'aimais bordel!". Le son de sa propre voix le fit sursauter, avait-il eu conscience qu'il parlait? Non, ce bruit lui avait transpercé les tympans comme le crissement d'une craie sur un tableau noir. Oui, il l'avait aimé, et maintenant plus personne ne l'aimerait. D'un dernier baiser il lui avait arraché la trachée artère, un baiser funeste, mais quel panache. Puis il s'était assis, regardant le corps écroulé se vider de son sang, de son air, dans un souffle rauque. 
Ouais, je t'aimais. , se dit-il encore. Son flanc lui faisait mal. Entre ses côtes scintillaient deux morceaux de métal, profondément enfoncés dans sa chair, logés comme des enfants dans le sein de leur mère, trop peu saillants pour qu'il puisse tenter de s'en saisir. 









(...)Les parfums ne font pas frissonner sa narine
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. (Arthur Rimbaud)

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 23:50

Tu étais là. Juste à portée de ma main tendue, tendue maintenant vers un abîme que la fierté seule ne saurait combler. 





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La journée était passée vite, si vite qu'il n'avait semblé s'écouler qu'une petite heure de l'aurore au crépuscule. La journée avait été si froide, si grise. Une vraie journée de fin d'automne, une de celles que l'on aimerait ne pas avoir vécues. Etendu dans la pièce s'assombrissant de minute en minute, j'imaginais le morne coucher de soleil, que je ne distingais évidemment pas à travers l'épaisse couche de nuages, et que je n'aurais même pas eu envie de regarder de toute façon. Si seulement. Si seulement le vent avait pu, en cet instant, faire battre les battants des volets contre les murs de pierre et donner une symphonie de mugissements et de tremblements de feuilles mortes, si seulement la pluie pouvait venir fouetter la vitre, fouetter mon front brulant, mon front fiévreux, mon âme enfievrée. 
Je tenterais bien de redescendre un verre de cet affreux spiritueux que j'avais trouvé dans le fond d'un placard, mais rien que l'idée de devoir bouger me foutrait la nausée. J'aurais bien allumé une autre cigarette aussi, pour faire passer le goût de l'affreux spiritueux, âpre encore sur mon palais. Mais la seule idée de devoir bouger me terrasserait plus vite qu'elle n'aurait fusée.


Mettre de l'ordre, tout était parti de ça. Mettre de l'ordre, dans ma vie, dans ma tête. Quelle triste idée que j'avais eue là, quelle inconscience. Qu'est-ce que remettre de l'ordre? Se déclarer adulte? Montrer qu'on exerce toujours un contrôle de soi? Montrer qu'on en est seulement capable, de se contrôler? Foutaises. J'aurais pas du, j'aurais jamais du. Après tout, si personne n'était jamais venu se plaindre de mon désordre, pourquoi est-ce que j'aurais eu besoin de le changer?
Mais ça c'était l'avant. Avant. Quand toutes les choses pouvaient encore être reliées entre elles, et que moi je n'avais qu'à tirer telle ou telle ficelle pour ne faire que dénouer un noeud de possibilités, de choix, un arbre des possibles à la simple portée de mon esprit. Seulement, à l'innocence succède la bêtise profonde, aux amours innocentes succèdent les perversions.
Alors j'étais toujours là, toujours étendu, toujours à même le sol, toujours dans ma pièce, noire maintenant que le soleil avait semblé définitivement disparaître, livré aux affres de la nuit. Et je me souvins de toutes ces autres nuits passées à guetter une étincelle, un rayonnement, une illumination qui permettrait de tout régler. Etrange. Il y a bien longtemps que ça n'était plus arrivé, il y a bien longtemps que les solutions ne me tombaient plus par miracle entre les mains. Du moins, pas mes solutions. Des solutions pour les autres, ça oui, j'en avais des masses. Des solutions pour ma pomme... Ça c'était une autre histoire. Quels mots, quels maux?



Je finis tout de même par trouver la force de me relever et de m'adosser au mur, tâtonnant autour de moi quelques instants avant de saisir du bout de mes doigts un paquet de cigarettes. Et cet affreux spiritueux, il n'était pas si affreux après tout, au point où j'en étais, je pouvais bien faire une croix sur ma répugnance pour les Pur Malt vieillis en fûts de chênes. Crétin que j'étais, pas foutu d'apprécier les petites choses. Voilà, déjà un problème de résolu, me dis-je, je ne sais pas me contenter de peu. A quoi bon se contenter de peu? Qu'est-ce qu'une vie sans la frustration de n'avoir pas eu ce que l'on désirait? Il me faudrait un jour trouver la réponse à cette sempiternelle question.

  J'écarte de ma main une mèche de cheveux qui barre mon visage, ma nudité ressort blafarde, contrastant avec les moirures grises et noires de mon antre. Pris d'un sursaut de colère, j'écrase ma clope sur mon bras, ça grésille. Mes dents se crispent. Tant pis. Ça fait fichtrement mal, ça pue, et c'est totalement bête, je le sais. Mais ça m'a réveillé, du moins, ça m'a fait me sentir vivant, un peu. Alors je me remets à penser. Penser à ces regards fiévreux échangés quelques jours plus tôt. Ou étaient-ce des semaines? Peu importe. De toute façon, ça ne mène à rien des regards fiévreux. 

 

Penser à ces caresses furtives, à ces entremêlages de peaux? Les aurais-je fantasmés? Depuis combien de temps suis-je enfermé? Depuis combien de temps déjà... Si seulement je parvenais à m'en souvenir, si seulement mon geôlier n'était pas si cruel ni emmuré dans son éternel mutisme. Alors je saurais.
Mais je suis emmuré pour mon propre bien, à en croire ce que je laisse transparaître. Deuxième éclat de colère, la bouteille de Whisky vient de se fracasser contre le mur et je me sens aspergé de gouttes tièdasses qui me brûlent les yeux et qui dégoulinent sur mon torse, sur mon sexe et entre mes cuisses. Je sens la violence m'électriser, encore, sous-jacente sous mon épiderme. Je suis dangereux. Je me sens dangereux en tout cas, je me sens lion dans sa cage et ma chair est à vif, j'appelle à la vengeance. Je vois noir. Je vois le noir, par la fenêtre, et celui-ci me pénètre de plus en plus profondément.  

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 02:03

Soyez sans forme, sans contrainte spatiale, comme l'eau. De l'eau dans une tasse prend la forme de la tasse, l'eau dans une bouteille prend la forme de la bouteille ; l'eau dans une théière prend la forme de la théière. L'eau peut couler ou s'abattre.

 


Reconnu. Apprécié. Tel était l'homme que chacun pouvait voir, le garçon qui était là, assis sur un trottoir, fumant avec une nonchalance poussée au point de l'indolence. Oui, tous pouvaient le voir, sa tête haute, ses cheveux à la couleur si particulière qui rappelait les dernières feuilles de l'automne, ses yeux cachés derrière une paire de lunettes de soleil qui semblaient s'être fermés, sa peau iridescente dans la lumière d'un fugace rayon de soleil, ses vêtements bien coupés mettant en valeur sa silouhette mince. 

 


Une bourrasque éparpilla la cendre de sa cigarette vers la route déserte, le faisant sursauter par sa fraîcheur innattendue. Sur ses joues coulent des larmes, sûrement à cause du vent.


Je crie dans la nuit noire pour toi, je t'en prie ne me laisse pas, ne saute pas.
Je ne sais pas combien de temps je pourrai te retenir.

 


 
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Le Garçon aurait aimé que tout soit plus simple. Le Garçon aurait aimé ne pas être transparent. Oui, il était devenu transparent, vide, insipide, simple récipient au malheur des autres. Il était ce que certains auraient sans doute, à tort, appelé un vampire. Les pensées noires de la masse le nourrissaient, l'emplissaient d'émotions étrangères.

 

 

Pourtant il n'avait pas choisi cet état. Il aurait préféré que tout soit autrement. Il n'en comprenait même pas les raisons, ce changement s'était imposé de lui même jusqu'à ce qu'un beau jour, il fût irréversible. Il avait aimé être gentil, souriant, empathique. Complexe du Super-Héros. Super-Zéro.
Carapace vide née du désir de plaire à tout prix. Panacée des fantasmes communs, résultat étrange des expériences sadiques de l'inconscient collectif. 
Et dans cette brume permanente la dernière lueur d'humanité finirait un jour par vaciller. 


Attrape ma main, je t'emmène loin de la mort, vers un bonheur plus certain.

 


La pluie allait se mettre à tomber. Si seulement elle pouvait pénétrer son corps et y faire un grand ménage. Il ne demandait au final pas grand chose. Juste un regard et tout serait fini. Ce regard, ce vrai regard, celui qui saurait trouver son vrai nom.
 

 

 

 

 

 

Alors on peut sûrement me tuer d'un seul regard. 


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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 05:34

 

Tout s'arrête. Plus un bruit. Les projecteurs s'allument les uns après les autres, écho d'un temps passé. Le théâtre s'emplit d'une chaleur lumineuse, chaleur bienvenue, chaleur qui sera bientôt étouffante.











La salle est comble, je le ressens. Bien que je ne puisse distinguer de visages au delà du premier rang, je sais que tous me détaillent de la tête aux pieds. Et moi, je suis seul avec toi. Ils nous regardent de leurs yeux inquisiteurs. Ils ne trouveront rien à redire, je suis parfait. Je jouerai encore une fois parfaitement le rôle que l'on m'a attribué. Mon costume est bien coupé, mes chaussures sont cirées, mes cheveux légèrement ébouriffés par une bourrasque lors de mon arrivée.



Je me concentre, encore une fois, j'en ai l'habitude. Mes pensées s'arrêtent et se taisent. Je sais qu'ils n'attendent que moi, qu'ils n'attendent que nous. Et je leur donnerai une dernière fois la satisfaction de me voir jouer ce rôle tant travaillé, tant étudié, rodé depuis des lustres. Je me délecte de cette atmosphère tendue, où je suis seul à pouvoir décider de relâcher la tension.











Du fond de la salle, je ne vois que lui sur scène, son ombre est plaquée au sol par un implacable ovale de lumière blanche. Jamais auparavant je ne l'avais vu aussi calme, aussi résigné. Je n'ai d'yeux que pour ses mains. Ses mains si belles, ses mains qui hier encore me ravissaient de gracieux arpèges. Il est magnifique, sa peau blanche tranche étrangement sur le noir de son costume, mais son visage me semble assombri, ce n'est pas sa barbe de trois jours, c'est autre chose. Je m'inquiète, ce n'est pas un bon moment pour se laisser abattre, il y a beaucoup trop d'enjeux importants aujourd'hui.











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Mon bras droit se détend. Mes épaules se baissent. Tout se fige, je distingue la poussière qui flotte, indolente, dans le rai de lumière. Je prends une bouffée de l'air, qui me semble alors vicié, alourdi des relents de tant de présences étrangères. Maintenant je n'ai plus aucun moyen de faire machine arrière. 

Mon archet s'élance, loin au dessus de la foule, il décrit un arc de cercle absolument parfait et gracieux et vient enfin frapper une corde, dégageant a l'impact un léger nuage de colophane. 

 

Je lis mon texte, je déclame haut et fort ce que Myaskovsky a écrit, te le fais dire avec amour et tendresse.








Je ne pensais pas qu'il serait aussi serein, pas après cette journée. Comment peut-il encore se tenir debout alors qu'il devrait être accablé de honte et de culpabilité? Ne l'avais-je pas assez asséné, ne lui avais-je pas fait entendre qu'il était trop tard maintenant? Moi qui étais là pour le voir s'effondrer, je ne peux que constater que rien n'a semblé le toucher en fin de compte. Il est absolument divin et son jeu est juste. Je ne peux pas le supporter. Je ne peux plus. 








J'entends une porte s'ouvrir et des pas s'en éloigner. Cela doit être la porte du public, quelqu'un s'enfuit, quelqu'un court maintenant dans l'escalier de marbre, la porte grince en se refermant puis se claque. Le charme est brisé, l'illusion s'estompe, je n'ai pas réussi à tenir tout le monde avec moi, puisque quelqu'un est parti en courant.

Je commence à perdre pied, je m'étouffe. Je tremble de tout mon corps. J'essaye de te rassurer mais je n'y arrive pas. Ce n'est pas de ta faute tu sais, c'est sûrement de la mienne, c'est moi qui n'arrive pas à les retenir, tu n'y es pour rien je te l'assure. 





Nous sommes tous les deux horrifiés. Je t'oppresse, te violente, te relâche par instants. Je te brusque, je te caresse. Tu ne fais plus de bruit, je continue de fuir leurs regards, tu t'es tu. Quoi que je fasse tu ne réponds plus a mon appel.

Ta voix s'éteint, je ne trouve pas en moi les ressources nécessaires pour te réanimer. J'ai l'impression de me retrouver dans l'un de ces mauvais rêves ou l'on tente vainement d'hurler mais où aucun son ne sort de notre bouche. Je n'arrive plus a te faire chanter, ni a te faire rire ou même pleurer, j'ai moi même trop pleuré peut être pour réussir à t'émouvoir. Ecoute moi, bon sang, ne vois tu pas à quel point je souffre que tu ne me répondes plus? Un dernier petit effort, je t'en prie, reste avec moi jusqu'à la dernière mesure, et après, nous nous en irons.

Ils sont toujours là, avec leurs rictus méprisants. Ils voient bien que je t'ai perdu, ils se régalent de ton agonie et moi je crève de ton absence. Tu ne réponds tout simplement plus a mes prières amoureuses. Je relève les yeux de ton corps adoré. Je les regarde droit dans les yeux. Dans mon regard je leur dit tant de choses. J'assassine celui qui, faisant grincer cette porte, t'a fait te recroqueviller puis te taire. 

 

Je retiens mon flot de larmes et le sang noir de haine qui pourrait se déverser de chacun de mes pores. J'ai envie de leur dégueuler mon dégout. Je me vois déposer ton corps à terre et m'approcher de celui qui semble être le chef. Celui qui, insolent, a cru que son escapade passerait inaperçue. Je lui offre tout mon corps, qu'il se défoule, qu'il me lance des millions de flèches à travers le cœur, de toute façon je suis mort à l'instant ou tu es parti. Rien. Il a assez pris son pied. Il me dit de dégager, par son absence, il m'envoie paître.

Je lui tourne le dos. Ça y'est, je lui montre que je n'ai plus peur de lui, que je ne le respecte pas. Il n'a que mon mépris et ma haine, il t'a enlevé, ils t'ont enlevé. Je relève ton corps et te transporte plus loin, ils ne nous voient plus. Je pleure à chaudes larmes.

 





Cigarette, briquet, étincelle, rougeoiement, fumée, soulagement. 

 

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 03:36

Silence. Tonalité. Silence. Tonalité. Silence. Tonalité. Bip.

Annonce, vous êtes biens sur un répondeur. Laissez votre message, je ne veux pas vous répondre, je ne veux pas perdre mon temps pour vous. Attendez le bip, vous aurez alors trois minutes pour m'emmerder puis je dirai "Supprimer". 

 

L'orchestre s'accorde. Le premier violon se lève, fait un signe de tête au chef, et lance un La brillant vers les autres musiciens, beaucoup trop haut, de près d'un demi ton. Rien ne va. Mes cordes crient sous la tension des chevilles que je dois remonter. Le silence se fait, petit à petit. 
Le chef tourne deux pages de son conducteur, annonce la mesure, donne le tempo, lève les bras. Les archets se mettent en positions, les bouches se tendent, les muscles se raidissent. Et tout éclate.

Sol mineur. Mélopée aux tymbales, spicattos aux archets, son clair des cor. Et moi. Moi qui regarde sans comprendre, moi qui suis ailleurs. Moi qui m'aprête à effectuer le solo le plus dur de ma courte carrière. Je lance mon bras droit à l'attaque de mes cordes, le son de mon instrument résonne dans la salle vide, surpasse en intensité la totalité de l'orchestre, éclate comme un fruit trop mûr. C'est une vaste gerbe multicolore, désunie et puante. Tant de travail pour donner ce concert, tant d'erreur commises avant d'arriver à cette répétition générale, tout semble prêt, je suis techniquement au meilleur de mes capacités, et ma main gauche ne fait aucune erreur.

 

Mais pourtant je n'arrive pas à comprendre ce qui se passe autour de mon corps, je n'entre pas en vibration avec le son du tutti, je ne sais plus ou est ma place. Je me tourne, je regarde le musicien derrière moi qui m'a fait de l'oeil aux dernières répétitions. Je sens mon archet me glisser de la main sans que mes doigts ne puissent se crisper autour pour le retenir. Le chef arrête de battre la mesure. L'orchestre met deux mesures à comprendre que quelque chose n'est pas normal. Le son si puissant s'étiole, puis se meurt à nouveau. Je regarde mon violoncelle, perlé de gouttelettes de sueur. Pourquoi ne m'aides-tu pas?

 


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Je rougis. Mes joues sont brûlantes des regards qui me chauffent chaques centimètres de peau. Je me lève, m'excuse, m'incline, attrape mon violoncelle et pars en courant, trébuchant presque à chaque pas, me réfugier dans la loge qui m'est réservée. Cette fameuse loge du soliste, destinée à recevoir les roses, les admiratrices, les admirateurs, Lui. La loge qui n'a rien de plus exceptionnel qu'une loge de tuttiste, mis à part le fait qu'elle appartienne au musicien le temps d'un concert. Cet espace clos de quelques mètres carrés, avec pour seuls agréments un miroir bardé d'ampoules et une chaise, cet endroit fait de béton et de prétentions passées, froid et inhumain que je n'aurais jamais pensé considérer un jour comme un refuge. Je regarde mon téléphone, en essayant de comprendre.

 

You called me Sugar... 

 

Mais le miracle ne s'accomplit pas. Il est vide. Personne n'a téléphoné, Il n'a pas envoyé de message. Il n'a pas envoyé de message. Il n'a pas envoyé de fleurs. Il n'a pas retiré à l'accueil de la salle de concert la place que je lui avais offerte. Il n'a pas donné signe de vie depuis dix-huit jours, quelques heures et un bon millier de secondes. Mais j'attends toujours, je pensais tant qu'il trouverait un moment pour penser à m'envoyer un message d'encouragement, une pensée, un signe.

Et pourtant dans l'absence Il est toujours là. Il est toujours là, anneau d'argent autour de mon annulaire, pesant de silence et vide d'émotions. Et ce silence me gagne le coeur, mon violoncelle ne traduit plus ce que ma voix ne peut décrire, l'étincelle dans le ciel quand je pense à Lui n'embrase plus rien en moi. Je ne suis plus qu'une coquille vide de toute volonté, un pantin désarticulé, une boite à musique à qui on aurait enlevé son mécanisme si précieux.

On frappe à ma porte. Sonnerie. Silence. Sonnerie. "Allô?". 

 

Le musicien est là, me regardant de haut en bas. Je me sens gêné et me tourne pour cacher mon visage vers le miroir. Je me rends compte que je pleure et que j'ai arraché toute la corne de mes doigts. J'ai fait peau neuve, je suis un serpent. Un serpent qui mue et se retrouve avec une nouvelle peau trop molle pour affronter l'extérieur de son antre. 

Je vois le musicien se rapprocher de mon dos. Sa main se porte sur mon épaule, puis contre mon cou, dégraffant les boutons de ma chemise. Je sens une fraicheur étrangère se presser contre mon torse. Ses yeux me transpercent tant que je n'arrive même plus à détourner le regard. La pression de sa main sur mon coeur se fait plus forte. Arrache le moi, après l'action figurée, autant que quelqu'un de compatissant se charge de m'achever. Venez plutôt m'abattre, pour m'empêcher d'souffrir. Arrache le, mange le, barbouille toi le visage de mon sang, toi qui est venu me contempler dans le sanctuaire de ma souffrance et de ma solitude, toi qui est venu m'humilier ainsi. Ne manque pas de courage, tu m'as vu blessé, je suis à ta merci, tranche moi la tête, je ne m'y opposerai pas.

Il me traine vers la sortie. Il voudrait que je donne cette représentation, que le bal des masques et des faux semblants continue. Il rêvait de ce concert, me dit qu'il m'a connu heureux et qu'il admire ma façon de jouer, mais je ne me souviens pas de lui, et par peur de commettre l'irréparable impolitesse, je me contente de le regarder en le ralentissant. Il me paraît honnête, il ne m'a pas demandé d'explications. Peut être qu'il a compris.


Ce soir j'irai voir à travers le miroir si la vie est éternelle.

 


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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 02:50

S&M

Coule, flotte, re-coule, pourris, déchet de l'humanité qui n'aura pas su se contenter de n'être qu'un réceptacle, le réceptacle d'un rêve sans limites.
Crève donc, toi qui voulait te jouer du feu, te jouer des sentiments, maintenant tu es mort. T'es bien avancé non? Tu as eu ce que tu voulais. On t'a aimé, tu as joué et tu n'as gagné que cris, pleurs, déchirement, tu t'es amoindri à chaque éclat de voix, à chaque regard qu'il te lançait.
Seulement cette fois, c'était toi le plus faible, cette fois, tu n'étais pas en forme, cette fois, tu as craqué. Oui, tu as craqué. Pas en une fois bien entendu, non, ça aurait été trop simple. Tu as commencé à aimer, à trop aimer et à dire oui pour la première fois, tu as dit oui à tout. Et tu as voulu renverser la vapeur. Sans t'y être préparé.
Rien qu'un regard sur ton passé t'aurait permis de te rendre compte que ce duel là, tu le ne gagnerais pas. Cette fois, tu n'étais pas assez protégé, pas assez fort, pas assez armé.
Et maintenant, tu es crevé. La vie est déjà loin de ton corps, ton corps taché du rouge sensuel de ton propre sang. Eros au service de Thanatos.  Tu es crevé, Et tu restes pourtant si digne que même ton cadavre conserve ton port de tête hautain, ton rictus amusé, déformé par l'impact du 9mm qui t'a achevé. Et tu baignes dans ton sang, dans ta baignoire. Celle ou tu as été rattrapé tant de fois voulant t'ôter la vie et qui te voit te faire apporter la mort sur un plateau d'argent.
Pauvre de toi qui aura tenté de retourner le jeu de ton adversaire contre lui. Pauvre de toi qui ne saura jamais la paranoïa à cause de laquelle plus personne ne voulait te voir. Pauvre de toi qui ne savais pas à quel point ton comportement inquiétait. Pauvre de toi qui l'a poussé au crime quand il t'aimait.DSC00454.JPG
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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 14:48

Son regard gris d'acier me porte un coup d'estoc et me coupe le souffle. Je ne peux plus bouger. Je le vois se rapprocher de moi et je n'ose plus emmettre le moindre son ni esquisser le moindre mouvement. Je vois se rapprocher de moi ce visage droit et à la symétrie parfaite, sa tenue vestimentaire parfaite, son débardeur tendu par ses muscles.

Je ne peux m'empêcher de retenir un frisson d'effroi. Il arrive à ma hauteur. C'est fini.

Je brûle, d'un coup, comme du bois trop sec. Il vient d'embraser la forêt de mon esprit, ma conscience vacille. Il m'injecte le feu par sa bouche trop douce, je n'ai plus aucun moyen de lui résister, je crâme totalement. Je m'effondre.

Même face à ma faiblesse il s'acharne et se jette sur moi, m'arrache la peau et me dévore le cou. Mon corps frémit, mon corps se convulse, mon corps est devenu une entité à part entière, ma tête ne peut de toute façon plus rien ordonner au reste de mes membres.

 

Il me fît l'amour.

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 20:58

Je flattais du regard ses traits si fins. Si fins qu’on n’eut jamais pu penser qu’il était en âge d’être reconnu comme un homme. Et pourtant, malgré les responsabilités que l’on endosse à la fin de l’adolescence, il semblait libre et insouciant. Je ne peux bien évidemment pas savoir ce qui fait qu’il était si étrangement attirant, mais toujours est-il que mon regard ne pouvait se détacher de lui depuis de longues minutes.

On peut sûrement parler d’une sorte d’attirance, ou d’envie. Oui, j’étais envieux, et même jaloux de ce garçon qui avait pour lui une plastique parfaite, un sourire engageant et un regard pétillant. Grand, apprécié, beau… Il était tout ce que j’aurais aimé être. Je ne dis pas par là que je suis repoussant, seulement que ce que j’ai acquis était le fruit d’un travail acharné sur moi-même durant de longues années, et qu’il semblait avoir été béni par des fées au berceau. Il était la grâce, la beauté et l’intelligence. Un beau au bois dormant que je ne rêvais que d’endormir d’un coup de ma quenouille ensorcelée.

 

Il se trouve que je ne le revis plus. Pendant presque un an je guettais son arrivée, mais jamais il n’arrivait, restant pour moi un lointain souvenir, comme une petite lueur dans les ténèbres de ma psyché. Il me laissait comme un gout amer au fond de la gorge chaque fois que je repensais à lui. C’est étrange comme certaines rencontres nous affectent, puis nous obsèdent. Quel étrange fait que le désir. Pour sûr, je l’idéalisais, il était surement bien mieux dans mes rêves qu’en réalité. Je le sublimais, encore et encore. Je souhaitais m’en faire un ami, un ami en qui je pourrais voir un semblant de miroir pour mon Être. Vanité, oui.

 

J’ai toujours eu besoin de me reconnaître en quelqu’un, de me renvoyer une image meilleure de moi-même. Pauvre égoïste que je suis, il me faut le meilleur, afin de me sentir tiré vers le haut. Il me fallait CE meilleur, ce parfait. Je le voulais. Je voulais me plonger au moins une fois dans ses yeux, je voulais me contempler dans le bleu de son regard, afin de voir si je m’y voyais plus beau, plus fort, plus attachant, plus aimé…

 

Vains espoirs. Wanna hold u in my arms.38171_1359790231518_1134407785_30830863_2441829_n.jpg

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 18:02

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Tout est KO, à côté. Tous mes idéaux, les mots...

 

[To be continued]

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 02:56

6175_1230848969741_1184621056_734959_7591149_n.jpgMais si c'est pas le problème?

 

 

 

 

Chuchotte, Dis à voix basse ce que tu crois lire entre mes lignes, alors peut être qu'à ce moment là je te laisserai regarder de l'autre côté.

Chuchotte dans mon oreille que tu m'as compris, et que tu sais.

 

 

T'as tué ton père toi?

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